Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 13:46

http://pabloneruda.hautetfort.com/

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/hs346.snc4/41589_157466120950105_4363_n.jpg

http://www.mialma.org/

 

Un chant désespéré

Ton souvenir surgit de la nuit où je suis.
La rivière à la mer noue sa plainte obstinée.

Abandonné comme les quais à l’aube.
C'est l'heure de partir, ô l'abandonné !

sur mon cœur pleuvent des corolles.
Ô sentine de décombres, grotte féroce de naufragé !

En toi se sont accumulés avec les guerres et les envols.
Les oiseaux de mon chant de toi prirent essor.

Tu as tout englouti, comme le fait le lointain.
Comme la mer, comme le temps. Et tout en toi fut naufrage !
                        
C'était l'heure joyeuse de l'assaut et du baiser
lueur de la stupeur qui brûlait comme un phare.

Anxiété de pilote et furie de plongeur aveugle,
trouble ivresse d'amour, tout en toi fut naufrage !

Dans l'enfance de brume, mon âme ailée et blessée,
Explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

Tu enlaças la douleur, tu t'accrochas au désir.
La tristesse te renversa et tout en toi fut naufrage !

Je fit reculer la muraille de l'ombre,
J'ai marché au-delà du désir et de l'acte.

Ô ma chair, chair de la femme aimée et perdue,
de toi à cette heure humide je fais un chant et t’évqoue.

Comme un verre, tu reçus l'infinie tendresse,
et l'oubli infini te brisa comme un verre.

Dans la noire, la noire solitude des îles,
c'est là, femme d'amour, que tes bras m'accueillirent.

C'était la soif, la faim, et toi tu fus le fruit.
C'était le deuil et les ruines et tu fus le miracle.

Ô ! Femme ! Comment as-tu pu m'enfermer
dans la terre de ton âme, dans la croix de tes bras..

Mon désir de toi fut le plus terrible et le plus court,
Le plus désordonné et le plus ivre, le plus tyranique et le plus avide.

Cimetière de baisers, il y a encore du feu dans tes tombes,
et becquetée d'oiseaux la grappe brûle encore.

Ô la bouche mordue, ô les membres baisés,
ô les dents affamées, ô les corps enlacés.

Ô ! Furieux accouplement de l'espoir et l'effort
qui nous noua tous deux et nous désespéra.

La tendresse, son eau, sa farine légère.
Et le mot commencé à peine sur les lèvres.

Ce fut là le destin où allait mon désir,
où mon désir tomba, tout en toi fut naufrage!

Ô sentine de décombres, tout est retombé sur toi,
toute la douleur tu l'as dite et toute la douleur t'étouffe.

De tombe en tombe encore tu brûlas et chantas.
Debout comme un marin à la proue d'un navire.

Et tu as fleuri dans des chants, tu t'es brisé dans des courants.
Ô sentine de décombres, puits ouvert de l'amertume.

Pâle et aveugle plongeur et pâle, infortuné frondeur,
explorateur perdu, tout en toi fut naufrage !

C'est l'heure de partir, la dure et froide heure
que la nuit toujours fixe à la suite des heures.

La mer fait aux rochers sa ceinture de bruit.
Froide l'étoile monte et de noirs oiseaux émigrent.

Abandonné comme les quais à l’aube.
Et seule dans mes mains se tord l'ombre tremblante.

Ah, bien plus loin que tout. Ah, plus loin que tout.

C'est l'heure de partir. Ô toi l'abandonné.

© Traduction Pierre Clavilier

 

Emerge tu recuerdo de la noche en que estoy. 
El río anuda al mar su lamento obstinado. 

Abandonado como los muelles en el alba. 
Es la hora de partir, oh abandonado! 

Sobre mi corazón llueven frías corolas. 
Oh sentina de escombros, feroz cueva de náufragos! 

En ti se acumularon las guerras y los vuelos. 
De ti alzaron las alas los pájaros del canto. 

Todo te lo tragaste, como la lejanía. 
Como el mar, como el tiempo. Todo en ti fue naufragio! 

Era la alegre hora del asalto y el beso. 

La hora del estupor que ardía como un faro. 

Ansiedad de piloto, furia de buzo ciego, 
turbia embriaguez de amor, todo en ti fue naufragio! 

En la infancia de niebla mi alma alada y herida. 
Descubridor perdido, todo en ti fue naufragio! 

Te ceñiste al dolor, te agarraste al deseo. 
Te tumbó la tristeza, todo en ti fue naufragio! 


Hice retroceder la muralla de sombra, 
anduve más allá del deseo y del acto. 

Oh carne, carne mía, mujer que amé y perdí, 
a ti en esta hora húmeda, evoco y hago canto. 

Como un vaso albergaste la infinita ternura, 
y el infinito olvido te trizó como a un vaso. 

Era la negra, negra soledad de las islas, 
y allí, mujer de amor, me acogieron tus brazos. 

Era la sed y el hambre, y tú fuiste la fruta. 
Era el duelo y las ruinas, y tú fuiste el milagro. 

Ah mujer, no sé cómo pudiste contenerme 
en la tierra de tu alma, y en la cruz de tus brazos! 

Mi deseo de ti fue el más terrible y corto, 
el más revuelto y ebrio, el más tirante y ávido. 

Cementerio de besos, aún hay fuego en tus tumbas, 
aún los racimos arden picoteados de pájaros. 

Oh la boca mordida, oh los besados miembros, 
oh los hambrientos dientes, oh los cuerpos trenzados. 

Oh la cópula loca de esperanza y esfuerzo 
en que nos anudamos y nos desesperamos. 

Y la ternura, leve como el agua y la harina. 
Y la palabra apenas comenzada en los labios. 

Ese fue mi destino y en él viajó mi anhelo, 
y en él cayó mi anhelo, todo en ti fue naufragio! 

Oh, sentina de escombros, en ti todo caía, 
qué dolor no exprimiste, qué olas no te ahogaron! 

De tumbo en tumbo aún llameaste y cantaste. 
De pie como un marino en la proa de un barco. 

Aún floreciste en cantos, aún rompiste en corrientes. 
Oh sentina de escombros, pozo abierto y amargo. 

Pálido buzo ciego, desventurado hondero, 
descubridor perdido, todo en ti fue naufragio! 

Es la hora de partir, la dura y fría hora 
que la noche sujeta a todo horario. 

El cinturón ruidoso del mar ciñe la costa. 
Surgen frías estrellas, emigran negros pájaros. 

Abandonado como los muelles en el alba. 
Sólo la sombra trémula se retuerce en mis manos. 

Ah más allá de todo. Ah más allá de todo. 

Es la hora de partir. Oh abandonado!


Partager cet article

Repost 0
Published by Igor-le-Chat - dans Blogs et Sites amis
commenter cet article

commentaires

Igor-le-Chat 04/10/2010 20:40


Merci pour votre commentaire et pour le lien.
à bientôt


bott 04/10/2010 11:21


bonjour, je vous invite à découvrir le groupe "MI ALMA", qui rend hommage à PABLO NERUDA, en déclinant les textes extraits de " Los Versos del Capitán ", sur des musiques composées par Yann
SIMON.
www.mialma.org


Présentation

  • : Le blog de Mara Montebrusco-Gaspari
  • Le blog de Mara Montebrusco-Gaspari
  • : Blog littéraire de Mara Montebrusco-Gaspari, idées lecture et événements littétaires. Promotion du roman jeunesse : Les aventures d'Igor le Chat - Igor et le secret des 7 vies, de l'album illustré La Sorcière d'Opale et du roman Les vagues de l'enfer http://www.igorlechat.com
  • Contact

Recherche